Mardi 30 mars 2004 — Dernier ajout mercredi 21 avril 2010

Julien Maunoir

Le Concile de Trente (1545 – 1563) –- événement majeur de la Réforme Catholique organisée par l’Eglise romaine en réaction à la Réforme Protestante — décida de mettre tout en œuvre pour offrir aux chrétiens les moyens d’approfondir leur foi.
Cet effort d’évangélisation locale se traduisit par l’organisation progressive des missions intérieures. C’est en France que le mouvement sera le plus fort, et notamment en Bretagne autour de Michel Le Nobletz (1577-1652) et le bienheureux Julien Maunoir (1606-1683).

Julien Maunoir, sj.

(1606 – 1683)
Le « Tad Mad »
(le Bon Père)

« Apôtre – Missionnaire » des bretons

Béatifié en 1951

Fêté le 28 janvier

Julien, le Vénérable

Julien Maunoir est né le 1er octobre 1606 à Saint-Georges-de-Reintembault, dans le pays de Fougères, en Bretagne. Après ses études au collège des jésuites de Rennes, il entre lui-même dans la Compagnie de Jésus, en 1625. Il étudia la philosophie à La Flèche, puis fut nommé comme « régent » (professeur) de la classe de 5è (300 élèves) au collège des jésuites de Quimper (1630).

En prière un jour dans la chapelle de Ti Mamm Doue (« La maison de la Mère de Dieu »), proche de la ville, il demanda à la Vierge Marie la grâce de pouvoir apprendre et parler le breton : « Si vous daignez me l’apprendre vous-même, je le saurai avant peu ». Le fait est que, quelque temps après, le jeune professeur faisait le catéchisme en breton, le dimanche, dans les paroisses voisines de Quimper. Il est ordonné prêtre le 6 juin 1637, à Bourges.

En 1640, il est de retour à Quimper. C’est là qu’il comprend, approuvé par ses supérieurs, qu’il est appelé à continuer l’œuvre des missions bretonnes du prêtre léonard Michel Le Nobletz (1577-1652).

Pendant 42 ans, le P. Maunoir va sillonner la Bretagne dans tous les sens, principalement celle de langue bretonne. Homme profondément uni à Dieu, il renouvelle partout la vie religieuse, avec zèle et méthode, apprenant au peuple le message chrétien par le moyen des cantiques et des tableaux de mission, se faisant aider par un millier de prêtres et de nombreux laïcs. La Bretagne lui doit d’avoir été pendant trois siècles une terre catholique d’une extraordinaire ferveur.

Epuisé, celui que le peuple appelait « an Tad mad » (le bon père) manifeste le désir de mourir « sur les terres de St Corentin », c’est-à-dire en Cornouaille ; de fait, il rend sa belle âme à Dieu à Plévin (Côtes d’Armor), le 28 janvier 1683. Il a été proclamé « bienheureux » le 20 mai 1951.

Texte de Fanch Morvannou

La Bretagne à l’époque de Maunoir

Dans les campagnes de Bretagne, certains usages religieux étaient parfois devenus des superstitions et finissaient par prendre un aspect païen. C’est la raison pour laquelle les missions furent entreprises. Il s’agissait d’envoyer des prédicateurs dans les paroisses urbaines aussi bien que rurales. Leur rôle était de prêcher une sorte de retraite à domicile pour les paroissiens. Pendant plusieurs semaines, les sermons, l’encouragement à la pratique des sacrements (confession et eucharistie) permettaient aux fidèles de reprendre en mains leur foi et la pratique de leur vie chrétienne. Il s’opérait ainsi de véritables conversions. C’est ainsi que Julien Maunoir sillonna pendant près de 43 ans les campagnes les plus reculées et réussit à redonner un sens chrétien à ce qui était devenu de pieuses coutumes.

La Mission et les méthodes d’évangélisation

Il s’agit de la mission qu’on appellera plus tard « mission de l’intérieur » pour la distinguer des missions en terres lointaines, celles-ci ayant pour objectif l’annonce de l’Evangile aux nations païennes. La mission de l’intérieur, par contre, s’adresse à des chrétiens. On lui a donné le titre de « mission » pour bien marquer qu’il s’agit de l’intervention d’un clergé venant de l’extérieur de la paroisse, d’un clergé muni précisément d’un ordre de mission émanant de l’évêque, avec un objectif très précis et qui est la rénovation, la remise à jour de la vie chrétienne de la communauté paroissiale. En conséquence, tous les exercices spirituels de la mission vont être organisés en fonction de cet objectif : prédication très fournie, examens de conscience détaillée, confessions générales, chant des cantiques, procession de clôture.

Les missions sont un des éléments moteurs de la réforme catholique. Elles n’étaient pas réservées à la Basse-Bretagne, mais ce qui marque la spécifité bretonne des missions, c’est d’abord la langue : elles sont surtout prêchées en breton. Ainsi conçue, la mission était bien adaptée à la société rurale de l’époque.

3Les méthodes d’évangélisation3

Les missions qui s’adressaient à tous, lettrés ou non, utilisaient, pour mieux marquer les esprits, tout un arsenal pédagogique, conférences, méditations, lectures et prières communes.

Le Père Le Nobletz avait développé, par exemple, le système des « Taolennou ». Ces cartes ou tableaux représentaient des thèmes illustrant son enseignement. Grâce à ces images reliées en cahier, il pouvait marquer visuellement ses fidèles qui ne savaient généralement pas lire.

Contrairement à ce que l’on a dit et écrit, le Père Maunoir, lui, n’a pas réalisé de taolennou. Sans doute les a-t-il utlisées un peu au début de son ministère, et peut-être pour faire plaisir à Michel Le Nobletz. Mais il les a très vite délaissées. Le Père Le Jollec, jésuite de Quimper, dans une vie du Père Maunoir demeurée inédite, montre bien que la journée de mission, telle que l’organisait le Père Maunoir, ne comportait pas de place pour l’explication des tableaux. Cependant, le Père Julien Maunoir fut un organisateur hors pair des missions en Bretagne, un véritable génie en la matière.

Le Père Maunoir était particulièrement attentif à la qualité des prédications, des confessions, et du déroulement des processions de clôture, qui relevaient un peu du théâtre. Il utilisa aussi, mais bien plus que Michel Le Nobletz, le cantique comme moyen d’instruction religieuse, en raison de l’illettrisme d’une grande partie des fidèles. On choisissait un air à la mode qui était donc connu des fidèles et l’on y adaptait des paroles religieuses qui reprenaient l’abrégé du catéchisme

L’apostolat du vénérable Père Maunoir dans notre diocèse

Nous donnons ci-dessous, d’après l’ouvrage du Père Séjourné, la liste des paroisses, trèves, églises et chapelles, situées actuellement dans notre diocèse, où le R.P. Maunoir a exercé son apostolat. Nous les groupons d’après l’année où elles ont été visitées. Certaines eurent le privilège de revoir plusieurs fois le Vénérable.

1642 – L’île de Bréhat – Lannevez – Kérity – Perros-Hamon – Perros-Guirec - Paimpol.
1643 – Rostrenen.
1646 – Saint-Mayeux et ses trèves Caurel et Vieux Marché – Mûr de Bretagne et sa trève Saint-Guen – Saint-Thélo.
1647 – Callac – Plusquellec et Calanhel, sa trève – Carnoët - Plourac’h – Saint-Caradec – Merléac et Le Quillio, sa trève.
1648 – Corlay – Le Haut Corlay – Plussulien – Le Bodéo et La Harmoye, sa trève – Saint-Martin-des-Prés.
1649 – Plounévez-Quintin et Trémargat, sa trève – Bothoa et Sainte-Tréphine, sa trève – Saint-Gildas.
1650 – Saint-Guen, trève de Mûr – Mûr-de Bretagne – Saint-Mayeux, Saint-Gilles-Pligeaux – Saint-Gilles-Vieux-Marché – Le Vieux-Bourg – Quintin – Kerpert, trève de Saint-Gilles-Pligeaux – Saint-Corentin, trève de Carnoët.
1651 – Mûr et Saint-Guen, sa trève – Sainte-Suzanne (en Mûr) – Merléac et Le Quillio, sa trève.
1652 – Le Quillio – Saint-Elouan, en Saint-Guen.
1653 – Rostrenen – Kergrist-Moëllou – Glomel – Paule.
1654 – Mûr – Saint-Martin-des-Prés – Merléac – Saint-Michel, trève de Glomel – Le Quillio – Tréogan.
1656 – Tréguier – Plouha.
1657 – Louannec – Kermaria-Sulard, trève de Louannec – Tréguier – Trélévern – N.D. de Coz-Yaudet – Bourbriac – Tressignaux – Boquého.
1658 – Plouha – Pléhédel – Pléguien – N.D. de Coz-Yaudet.
1659 – Plestin – Trémel – Saint-Caradec – Kergrist-Moëllou – Le Moustoir, trève de Trébrivan.
1660 – Mûr – Saint-Guen – Saint-Connec, trève de Mûr – Haut-Corlay – Le Quillio – Vieux-Marché.
1661 – Le Bodéo – La Harmoye.
1662 – Trébrivan – Plévin.
1663 – Carnoët – Plusquellec – Saint-Martin-des-Prés.
1664 – Bulat-Pestivien – Saint-Martin-des-Prés – Bothoa – Sainte-Tréphine – St-Nicolas-du-Pélem.
1665 – Tonquédec.
1668 – Mûr – Saint-Mayeux – Saint-Guen – Saint-Connec.
1669 – Merléac – Perros.
1671 – Lannion – Le Quillio – Saint-Martin-des-Prés.
1672 – Pédernec – Trévé.
1673 – Guingamp – Glomel – Plémy – Bréhat.
1674 – Pleumeur-Bodou – Plouaret.
1675 – Plouguernével.
1677 – Tréguier – Saint-Brieuc.
1678 – Bréhat – La Chèze et sa trève, La Ferrière – Moncontour – Lamballe – Pontrieux.
1679 – Quemperven – Maël-Pestivien – Plestin.
1680 – Plounévez-Quintin.
1681 – Pont-Melvez.
1682 – Yvias – Paimpol – Bourbriac.

Dans le diocèse de Saint-Brieuc, l’œuvre du Père Maunoir fut poursuivie par l’abbé Leduger, fondateur des Filles du Saint-Esprit.

Béatification du Bienheureux Julien Maunoir, sj
20 mai 1951

Statue agenouillée du Père Maunoir devant sa tombe. Eglise de Plévin. Œuvre en bois peint de 1827.

D’autres statues du Père Maunoir sont visibles notamment dans les églises de Rostrenen, Saint-Nicolas-du-Pelem et Saint-Georges de Reintembault (I.-et-V.).

Le Père Maunoir mourut à Plévin le 28 janvier 1683. Par la volonté tenace de ses habitants, son corps ne quitta pas la paroisse de Plévin et fut déposé dans la nef de l’église (le cœur seulement du grand missionnaire fut transporté à Quimper et confié au collège des Jésuites).

Et, depuis plus de trois siècles, jamais ne s’est éteinte ou ralentie la vénération des fidèles de la région envers le « Tad Mad » (le Bon Père).

Après sa mort, survenue en 1683, des enquêtes canoniques furent faites, par l’autorité de l’Ordinaire, en 1714. A la suite de ces enquêtes, la cause fut introduite en 1875 auprès de la Sacrée Congrégation par l’autorité de Pie IX. Le procès apostolique terminé, toutes les règles de droit ayant été observées, l’héroïcité de ses vertus fut proclamée le 6 mars 1949.

Enfin, le 20 mai 1951, il fut procédé à la Béatification solennelle du vénérable Julien Maunoir.

Plusieurs articles de la Semaine Religieuse de 1951 relatent les événements liés à cette Béatification.

Bibliographie

  • Séjourné, Xavier-Auguste (abbé), Histoire du Vénérable serviteur de Dieu Julien Maunoir de la compagnie de Jésus, Paris, Oudin, 1895.
  • Le Moign-Klieffer, Marie-Thérèse, Le Bienheureux Maunoir. Apôtre des Bretons.,Paris, Apostolat des Editions, 1963.
  • Hérouville (d’), P., Le Vincent Ferrier du XVIIe siècle. Le vénérable Julien Maunoir., Quimper, Le Goaziou, 1932.
  • Le Berre, M. Un grand missionnaire breton. Le Vénérable Père Maunoir, Rennes, Simon, 1931.
  • Questel, M., Le Vénérable Père Julien Maunoir de la Compagnie de Jésus, 1606-1683, Paris, La Bretagne, 1921.

Fañch Morvennou a participé à la rédaction de cet article.